12 mars 2017

Michel Onfray: «Notre civilisation n’a plus les moyens de défendre quoi que ce soit de positif»

Tout le monde sait que des civilisations ont disparu, que les civilisations sont mortelles, mais personne ne veut l’accepter pour nous

– Dans votre optique, la décadence de la civilisation judéo-chrétienne est dès lors inéluctable. Problème majeur: notre société y est-elle préparée?

– Non, pas plus que nous ne nous préparons à notre propre mort! Nous savons que les civilisations sont mortelles, tout comme nous savons que nous le sommes également, mais il existe une formidable capacité à la dénégation chez ceux qui sont concernés directement par ces faits. On consent à cette vérité pour tout ce qui n’est pas nous, mais jamais pour nous. De la même manière, nous sommes capables d’être très critiques sur les religions d’autrui mais pas du tout sur la nôtre. C’est la fameuse histoire de la paille que l’on voit dans l’œil du voisin sans être capable de voir la poutre qui se trouve dans le nôtre…
Nos sociétés ressemblent à un navire en grande difficulté qui continue de voguer sur des eaux toujours plus houleuses. La voie d’eau est largement ouverte dans la coque du bateau qui coule et il n’y a plus rien à faire d’autre que de mourir debout, avec élégance. Je suis un tragique: j’essaie de voir le réel tel qu’il est. Ni rire, ni pleurer, mais comprendre, écrivait déjà Spinoza
en son temps. 
«Décadence» (Ed. Flammarion)
lu ici

27 février 2017

pourquoi il ne faut pas avoir honte de ne plus aller aux urnes



site officiel

Pourquoi avez-vous décidé de vous abstenir de voter ?

Ça s’est imposé à moi. J’ai remarqué qu’à chaque élection, il y a toujours les trois mêmes phases. D’abord on est déçu du mandat qui se finit. On se dit que les politiques sont tous nuls. Ensuite, on formule un espoir en se disant que le prochain président sera peut-être mieux. Et puis finalement, il y a à nouveau des scandales qui éclatent.

Si aucun candidat ne convainc un électeur, ne devrait-il pas plutôt voter blanc ?

Non. Premièrement, parce que le vote blanc n’est pas reconnu. Ensuite parce que les élus ne justifient plus que l’on se déplace pour voter, même blanc. La grande majorité des élus des assemblées n’ont pas de pouvoir et ne pourraient rien changer à la situation.



12 octobre 2016

Le scientifique que je suis avoue ne pas connaître la réponse

Votre livre se termine sur une évocation de la spiritualité. N'est-ce pas en contradiction avec votre profil de scientifique?
Je parle en effet de spiritualité et d'émerveillement, deux mots étranges pour un vulgarisateur scientifique. Mais je ne suis pas le premier à être émerveillé par l'unité et l'harmonie de la nature... Einstein, Spinoza, Pythagore ou encore Jacques Monod l'ont été avant moi. Lorsqu'on observe cette perfection, on ne peut que se demander ce qu'il y a derrière. On dirait que tout a été fait pour aboutir à cette harmonie. Pour beaucoup, la réponse à cette question est « Dieu ». Mais je ne suis pas dans une approche religieuse, du rite, du dogme. Néanmoins, comme mes amis Hubert Reeves et Yves Coppens, je m'interroge sur cette forme d'organisation inexpliquée qui pose question. Le scientifique que je suis avoue ne pas connaître la réponse. C'est un « mystère inexplicable, mais présent ». Dans mon livre, je fais référence à la tapisserie de la licorne. La plupart des gens ne voient que le résultat, sublime. Mais les scientifiques ou les philosophes vont voir derrière la tapisserie pour essayer d'interpréter les motifs. Je ressens un sentiment de spiritualité laïque, émergeant de l'unité, qui m'incite à donner du sens à ma vie et à transmettre.
Propos recueillis par Philippe Mabille et Dominique Pialot
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(*) "Je cherche à comprendre... Les codes cachés de la nature",de Joël de Rosnay, Editions Les liens qui libèrent (LLL), 165 pages, 17,50 euros.







03 février 2016

Une civilisation occidentale "à bout de force"

Michel Onfray répond : "Notre civilisation judéo-chrétienne est épuisée, morte. Après deux mille ans d'existence, elle se complaît dans le nihilisme et la destruction, la pulsion de mort et la haine de soi. Elle ne crée plus rien et ne vit que de ressentiment et de rancoeur. L'islam manifeste ce que Nietzsche appelle une grande santé : il dispose de jeunes soldats prêts à mourir pour lui. Quel occidental est prêt à mourir pour les valeurs de notre civilisation : le supermarché et la vente en ligne, le consumérisme trivial et le narcissisme égotiste, l'hédonisme trivial et la trottinette pour adultes ?"

lu sur http://www.lepoint.fr