15 juin 2008

Les requins de la Méditerranée sont en voie d'extinction rapide


equiem pour grands requins. Tel aurait pu être le titre de l'étude présentée, mercredi 11 juin à Rome, sur le spectaculaire déclin des populations de grands prédateurs en Méditerranée. Les travaux de quatre chercheurs italiens et canadiens, publiés dans la revue Conservation Biology, démontrent que, depuis 150 à 200 ans, toutes les espèces de requins ont diminué de plus de 97 %, tant en nombre d'individus qu'en poids des prises. Un taux de disparition qui s'est accéléré depuis les années 1970 sous l'effet de la pêche directe et indirecte, mais aussi des activités humaines en zone côtière, là où les requins sont censés se reproduire.



Jadis, la mer Méditerranée était un vivier où vivaient en abondance 47 espèces de requins, dont 20 classées comme grands prédateurs. Pour sa recherche démographique, l'équipe dirigée par Francesco Ferretti, de l'université de Dalhousie (Nouvelle-Ecosse, Canada), n'a pu analyser l'évolution que de cinq espèces, faute d'avoir pu recueillir suffisamment d'informations sur les autres, considérées comme "écologiquement éteintes".

Les rescapés ne valent guère mieux. Le requin bleu, le requin-renard, le requin- marteau et deux espèces de requins-taupes communs sont, selon les critères de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), "en danger critique d'extinction". Qui a vu récemment un requin-marteau en Méditerranée, où il a disparu à plus de 99 % depuis un demi-siècle ?

Il n'existe aucun quota de pêche pour les requins capturés à des fins commerciales en Méditerranée. Mais l'essentiel du déclin démographique de ces prédateurs serait accidentel, en raison des importantes "prises accessoires" réalisées dans le cadre de pêches lucratives comme celle de l'espadon. D'après les relevés de l'équipe italo-canadienne, les squales pêchés en Méditerranée sont parmi les plus petits du monde. "En frappant davantage les jeunes requins, la surpêche ne peut qu'affecter le potentiel de reproduction de ces espèces", souligne Francesco Ferretti. Le jeune chercheur italien rappelle que les requins possèdent un cycle biologique qui les rend particulièrement vulnérables : leur croissance est lente, ils arrivent tardivement à maturité sexuelle, ils ont un temps de gestation de deux années et font peu de petits.

En recoupant neuf sources de données différentes, provenant des journaux de bord des pêcheurs, de musées, voire d'observations visuelles dans l'eau, l'étude révèle la même désolation, des eaux espagnoles jusqu'à la mer Ionienne. Or "les prédateurs jouent un rôle-clé dans l'équilibre des écosystèmes marins", écrivent les scientifiques. "La disparition de grands prédateurs tels que les requins dans certaines zones de l'Atlantique s'est traduite par une modification de l'écosystème", explique Francesco Ferretti. On comprend mal ces changements imprévisibles, mais il y a lieu de s'inquiéter sérieusement des répercussions que pourrait avoir la disparition des requins de Méditerranée." 

Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du Monde du 14.06.08

Aucun commentaire: