21 juillet 2010

Facebook : analyse "mythologique" de ce phénomène fascinant




Il y a quelque chose de profondément protestant dans le projet de facebook : idéal de transparence, vie privée au grand jour, confession laïque, volonté de nivellement et glorification de la réussite pour la réussite.
Le phénomène Facebook tient grâce à trois facteurs. Il nous promet la jeunesse éternelle. Il virtualise la foi chrétienne. Il nous permet de jouer à la vie sans y perdre trop de plumes.
Facebook capitalise sur le fond chrétien de l'Occident, à savoir l'injonction refoulée, dépassée mais toujours culpabilisante pour beaucoup, de s'aimer les uns les autres, d'être égaux et empathiques, d'avoir foi en un monde où nous serions tous frères et sœurs, joyeux, compatissants et reliés par un même flux vital, partageant les affects de notre âme. D'où cette confession permanente et totale sur la page d'accueil et sur son profil, et l'expression fiévreuse et constante d'une compassion mimétique et qui ne coûte pas grand chose.
C'est un peu l'ambiance de la Judée il y a deux mille ans, où une foule de faux prophètes se disputait l'attention du public, jusqu'à ce que Jésus l'emporte avec le message le plus simple et le plus efficace.
Luis de Miranda, philosophe, romancier et éditeur

article du Monde 20 juil. 2010




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