24 juillet 2008

L'Ennui ou la dépression spirituelle (l'acédie)


Du point de vue de la psychologie contemporaine, il s'agit d'un trouble du comportement conduisant la personne qui en est atteinte à ne plus prendre soin d'elle. Dans le cas extrême, la personne cesse toute lutte pour survivre et s'abandonne à la mort.

La symptomatologie de l'acédie confirme la régression de l'acédiaque et son dérèglement comme son aveuglement. L'absence de vision claire et objective qui accable l'esprit et l'assiège constitue une pièce maîtresse du processus acédiaque. L'acédie est une perte de sens de la vie qui se vide de sa substance par une absence de regard positif sur soi. Devenu triste de ne pas avoir réussi tout ce qu'il avait rêvé de faire, l'acédie devient rejet de l'implication et de l'efficience. Acedia est une absence de finalité qui se traduit par un mal de vivre désorganisateur, une mal-vie déstructurante (Larue, 2001) dont les causes s'originent dans la propre conception philosophique de l'individu. L'acédiaque est touché par un sentiment intense de déprise sur le monde. Il a perdu ses valeurs, ses repères.

L'acédie, donc, apparaît comme la tentation du découragement, du laisser-être comme du laisser-faire et de la démotivation. C'est une tentation à l'oisiveté, une tourmente intérieure ou passionnelle qui fait perdre le rapport mesuré à l'environnement. Il en ressort de l'abattement et un sentiment d'inutilité. Pour se sortir du marasme, le besoin de distraction se fait sentir, d'où la marche en avant perpétuelle et l'attrait de la nouveauté rafraîchissante. L'acédie est une pathologie de la motivation et de la volonté. On y trouve les tentations du désintérêt et du vagabondage. Dans l'acédie, ce n'est pas l'action qui est en cause, ce sont d'abord les tentations souterraines qui minent le processus décisionnel d'aller de l'avant. L'acédie est d'abord un sentiment de l' "À quoi bon ?" (Charbonneau, 2002) qui habite l'homme, douteur et indécis, celui qui a perdu la "foi", dans son dieu, dans ses croyances, dans l'économie, la politique, l'entreprise, le travail, le métier ou le collectif de travail (Forthomme, 2000).

Au fil des analyses, l'acédie s'est découverte comme un rejet de la quotidienneté routinière. Dépression spirituelle, elle est une réaction en opposition aux idéaux insatisfaits. L'acédie est une idéalopathie, un "idéalisme pathologique" (Millet, 1994 : 4)

 Ces maux frappent dans la quarantaine, âge des mutations brutales, des ruptures avec la famille et/ou l'ancienne profession, voire des conversions radicales (Papieau, 2000).

La crainte du pire, le sentiment d'insécurité font rechercher la présence d'un entourage protecteur.

Pour résumer, en période de transition (Roques, 1999), au milieu de la vie, l'individu se pose des questions sur un passé qu'il ne veut plus et sur un avenir hypothétique qu'il ne maîtrise pas (Erikson, 1972)

Bref, l'acédie se révèle être un processus insidieux. Pour s'en débarrasser, elle demande donc une reconstruction de l'édifice mental.

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