14 février 2011

raisons d'exister


L'homme cherche de plus en plus désespérément des raisons d'exister. Désirant acquérir de plus en plus de moyens, soit sur le plan individuel de l'acquisition des biens, soit sur le plan collectif d'un développement de l'équipement, il est lancé dans une course aux moyens dont le but n'apparaît nulle part. Il ne saurait en être autrement puisque tout but atteint dans ce monde ne peut être considéré que comme une étape vers un autre but pour lequel il a joué le rôle de moyen, et ainsi sans fin.
Les uns voient alors surgir l'absurdité du rationnel qui les assiège et qui leur impose la « libération » d'une rééducation par les camps de concentration au nom de cette idée que la vérité ne se discute pas. D'autres, au contraire, qui ne savent comment remplir leur temps, se lancent dans des divertissements gratuits « où le but se déplace et n'étant nulle part peut être n'importe où », ils cherchent la « libération » par des excitants chimiques ou idéologiques. De toute manière, les uns et les autres vivent le Monde comme un cul-de-basse-fosse dont ils aspirent à sortir, mais ils demandent follement à ce Monde lui-même de leur en fournir les moyens.
Détaché de toute Transcendance, l'homme se trouve de plus en plus lourdement enchaîné au Monde et amené à se déchaîner
contre lui-même et contre tous les cadres où il vit. Il cherche dans les érostratismes et les conduites suicidaires un moyen de trouer l'espace et le temps afin de passer ainsi de l'autre côté du Monde.
Jean Brun, Les rivages du monde, p.157, Paris, Desclée, 1979

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