30 août 2006

Extension du domaine de la lutte



Que nous dit donc Extension du domaine de la lutte ? Au delà de la " vie et mort d'un cadre ", cette chronique d'une démission d'un informaticien mal dans sa boîte, cette tranche de vie en entreprise qui a fait le succès du livre, Houellebecq nous parle de la misère affective et sexuelle de notre fin de siècle. Le sujet n'est pas neuf, mais Extension du domaine de la lutte nous en propose une lecture radicalement nouvelle : loin des approches moralisantes, ou à l'inverse affranchies de la tradition religieuse, le narrateur y voit la victoire du néolibéralisme. L'idéologie de la libération sexuelle exercerait une forme d'oppression finalement très proche, un " libéralisme sexuel " qui reposerait sur la recherche perpétuelle du meilleur partenaire sexuel (un peu comme on parle aujourd'hui de partenaire financier, commercial...) : le meilleur investissement et le meilleur collaborateur possible, corvéable et jetable à merci. La métaphore de " capital " chère à Bourdieu s'étend à merveille : le capital de séduction que détiennent certains individus, constitué par toujours davantage d'aventures et défini par des canons toujours plus stricts, obéit à une loi de concentration qui laisse sur le carreau toujours plus de monde...
Là réside la grande force du roman : non seulement il rend palpable un certain mal être et son lien avec l'idéologie dominante, libérale, mais il en souligne aussi la folie, qui nous impose constamment des critères de rentabilité, de productivité, et nous pousse à étudier, sous l'angle de la performance, jusqu'à notre vie privée...

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