30 août 2006

Les particules élémentaires


Les particules élémentaires, le roman noir de la sexualité française ou la "vision du monde" que propose Michel Houellebecq dans ses romans, et plus précisément la vision cauchemardesque qu’il développe de la "sexualité" et de l’émancipation des femmes. 
Si l’on prend pour indice l’imaginaire de la fiction, plutôt que des essais : à l’évidence, ni la littérature ni le cinéma contemporains ne renvoient l’image d’une sexualité épanouie, non plus que d’une harmonie entre les sexes.
Au roman rose succède ainsi le roman noir de la sexualité française - constat sévère ou dénonciation virulente.

Son roman raconte l’histoire de la montée en puissance “d’une consommation libidinale de masse” et “l’extension progressive du marché de la séduction” (PÉ, 35-36)
Pourquoi, sur le marché sexuel des individus, cette dissymétrie entre les sexes ? L’explication est assez attendue : la libération de la sexualité aurait tué l’amour, qui était l’essence de la féminité : “l’âge d’or du sentiment amoureux”, durant “les années 50 et le début des années 60”, quand l’Église et le Parti portaient ensemble “le mariage d’amour”, a cédé la place à “l’option hédoniste-libidinale d’origine nord-américaine” (PÉ, 69-71).

L’histoire de la sexualité se résume donc à l’autonomisation du plaisir, coupé de la reproduction : entre 1967 et 1975, de la loi Neuwirth sur la contraception à la loi Veil sur l’avortement, “l’agnosticisme de principe de la République française devait faciliter le triomphe hypocrite, progressif, et même légèrement sournois, de l’anthropologie matérialiste” (PÉ, 90).

L’auteur prolonge ici Aldous Huxley : “Contrôle de plus en plus précis de la procréation, qui finira bien un jour ou l’autre par aboutir à sa dissociation totale d’avec le sexe (...). Disparition par conséquent des rapports familiaux, de la notion de paternité et de filiation. Élimination, grâce aux progrès pharmaceutiques, de la distinction entre les âges de la vie.” (PÉ, 195) L’effacement individualiste de la différence des sexes et des générations nous entraînerait bien dans Le meilleur des mondes. -Eric Fassin
Les particules élémentaires : le film

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