29 août 2006

Sommeil spirituel


Mathématicien, physicien, écrivain et moraliste français (1623-1662)

Les cartésiens, les « philosophes » des Lumières, le positivisme, le Cercle de
Vienne, la philosophie analytique, voire Husserl par certains de
ses côtés, ont pris pour lucidité et rigueur intellectuelles ce qui
n'était que myopie voire cécité, car ce que les hommes appellent
vrai doit être mis en question. Pascal a eu l'audace de demander
des comptes à la raison qui prétend nous en rendre.(...)
le vrai que le monde se fait gloire de définir n'est finalement qu'un
bouffon grimaçant dont on renouvelle le costume.
Et Pascal nous en prévient : « Ce n'est pas ici le pays de la vérité,
elle erre inconnue parmi les hommes » (n" 843). Il pose donc
la question clef, dont Pilate s'était débarrassé en l'énonçant.
Qu'est-ce que la vérité ? à laquelle chaque spécialiste, chaque
constructeur de système, chaque adorateur du consensus croit
pouvoir répondre avec pertinence en procurant à tous une rassurante
léthargie spirituelle.
ce qui est censé nous libérer des rêves et de l'utopie nous plonge en réalité
dans un engourdissement confortable. Pascal veut nous réveiller
de cet « enchantement incompréhensible » et de cet « assoupissement
surnaturel » (n° 194) ; notre sommeil rationaliste nous procure
ce que Pascal a appelé des « rêves en commun » dont ceux
qui gravitent autour du progrès et du paradis à construire sont
les plus exaltants.
Pendant ce temps, la Vérité souffre de cette torpeur que nous
prenons pour un précieux équilibre ; or, nous l'avons déjà lu
dans Le Mystère de Jésus : « Jésus sera en agonie jusqu'à la fin
du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là » (n° 553).
Nous continuons cependant de dormir et nous nous complaisons
dans ces rêves en commun que nous baptisons volonté générale,
consensus, opinion
et dont les sondages étudient scrupuleusement
les variations pour en conclure qu' « il faut suivre l'évolution des
moeurs » en ne cessant jamais de faire confiance à l'Homme.
La Philosophie de Pascal, Jean Brun - (Que sais-je ? ; 2711)


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