18 avril 2008

La Crise du monde moderne













Selon Guénon, l'Occident moderne est une « prodigieuse anomalie » au regard des autres civilisations, passées et présentes (en Orient), en ce qu'il se caractérise essentiellement par l'oubli (ou le rejet) de sa tradition, autrement dit des principes qui doivent normalement organiser toute société suivant une hiérarchie précise et invariable.

La rupture du lien de dépendance avec l'autorité spirituelle a pour corollaire la rupture avec les principes transcendants dont celle-ci était la garante : la société occidentale ainsi privée de principes véritables est donc dans la situation d'un « organisme décapité qui continuerait à vivre d'une vie à la fois intense et désordonnée ».

Ce corps sans tête, qui a perdu tout principe directeur, est caractérisé avant tout par son « besoin d'agitation incessante ».

Qui plus est, ayant oublié ce qu'est l'intellectualité véritable, l'Occident en est venu à priviégier uniquement le progrès matériel, qu'il considère à tort comme le signe de la supériorité de la société occidentale : « développement matériel et intellectualité pure sont vraiment en sens inverse ; qui s'enfonce dans l'un s'éloigne nécessairement de l'autre ». Le domaine intellectuel étant considéré comme le domaine supérieur et le domaine matériel comme le domaine inférieur, il s'ensuit que le « progrès » occidental est en réalité une « déchéance », et que la prétention de l'Occident à imposer sa domination sur le reste du monde, au nom de cette illusoire supériorité, est aussi absurde qu'injustifiée.

L'individualisme impliquant « nécessairement [le] refus d'admettre une autorité supérieure à l'individu», l'Occident en est venu naturellement à ériger l'idée de l'égalité entre les individus en principe, ou plutôt en « pseudo-principe», à partir duquel il a fondé la légitimité démocratique, qui selon Guénon est un leurre pour deux raisons. D'une part parce que « le supérieur ne peut émaner de l'inférieur », que « le pouvoir véritable ne peut venir que d'en haut, et c'est pourquoi [...] il ne peut être légitimé que par la sanction de quelque chose de supérieur à l'ordre social, c'est-à-dire d'une autorité spirituelle. » D'autre part parce que la notion d'un peuple se gouvernant lui-même est une impossibilité logique : « il est contradictoire d'admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés. »

Ainsi, l'idée selon laquelle le peuple se gouvernerait lui-même ne peut être qu'une illusion que les dirigeants parviennent à lui faire admettre que parce « qu'il en est flatté et que d'ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu'il y a là d'impossible».



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