09 mai 2011

l'emploi abusif du terme paranoïa


Une étude* du champ de la sociologie a mis en évidence que l'emploi abusif du terme paranoïa pouvait constituer un moyen de délégitimer la parole de groupes minoritaires.
Selon certains auteurs, le fonctionnement paranoïaque pourrait être appliqué de manière collective à des groupes, notamment à certains groupes à fonctionnement totalitaire.
Un diagnostic de paranoïa posé dans un contexte totalitaire est hautement suspect. Il a parfois été utilisé pour museler les opposants politiques en les faisant interner, comme en URSS : Alexandre Soljenitsyne fut ainsi considéré comme paranoïaque par les autorités de son pays. En URSS, les dissidents politiques russes étaient considérés comme paranoïaques et internés dans des hopitaux psychiatriques.
La paranoïa entretient des liens étroits avec la théorie du complot. Il est parfois très difficile de faire la part des choses, les délires paranoïaques apparaissant souvent comme fortement logiques et cohérents, ils sont susceptibles de convaincre les auditeurs. Dans un certain nombre de cas, les individus affirmant connaître une théorie du complot et se faisant le devoir d'en prévenir le monde sont des sujets paranoïaques.
Enfin, quelques similitudes entre discours paranoïaques et discours religieux (communication personnelle avec Dieu, importance des croyants destinés à sauver le monde, complot allégué visant à éradiquer cette religion, etc.) peuvent prêter à identifications abusives dans un sens comme dans l'autre.
* Jocelyne Streiff-Fénart, « L’attribution de paranoïa comme délégitimation de la parole des minoritaires : l’exemple d’une entreprise de transports publics » [archive] Cahiers de l'Urmis, N°10-11 Discrimination : perspectives de la psychologie sociale et de la sociologie, III. La Discrimination, de l'école au lieu de travail, mis en ligne le 11 décembre 2006

Aucun commentaire: