28 juin 2011

l'ultime réponse au problème du Monde




Or, du décalage sans cesse grandissant entre l'Exigence et le réel, entre la Faim et les nourritures terrestres offertes à profusion, entre la Soif et les breuvages fabriqués, entre le Salut attendu et les sauvetages imposés, — de ce décalage donc, naissent de violentes conduites de frustration qui se transforment en fureurs iconoclastes dirigées contre les biens de ce Monde, ou en érostratismes organisés en l'attente de cette Aurore nouvelle baptisée du terme vague mais enchanteur de révolution.

Le drame du monde occidental vient de ce que sa confiance dans une ouverture au Monde est d'autant plus ferme que s'accumulent les démentis qui devraient la saper.

Croire que l'ultime réponse au problème du Monde se trouve inscrite quelque part dans le Monde lui-même, ou qu'un jour elle y sera gravée, constitue l'illusion suprême à laquelle les hommes demeurent attachés, confiants dans l'idée que tout est à portée de leurs mains et qu'il suffit de forger les outils nécessaires pour que l'action fournisse la solution de la vie. On a été ainsi amené à penser que le problème n'était ni de se sauver du Monde, ni de sauver le Monde, mais bien de se sauver par le Monde.

Jean Brun, Les Rivages Du Monde : Des Vérités Muettes À La Vérité Qui Parle ,p.161, Paris, Desclée, 1979.



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