23 novembre 2012

Des tabous qui sont tombés en Mai 68


C'était, (...) l'aboutissement d'un mouvement d'émancipation qui avait couvé pendant plusieurs décennies.
La contestation était en effet portée depuis un siècle par différentes avant-gardes artistiques et esthétiques, et une envie de plaisir s'était exprimée avec force chez les jeunes de l'après-guerre.

Des tabous qui sont tombés en Mai 68.

C'est parce qu'ils étaient déjà morts, rongés de l'intérieur par toute une mentalité démocratique et égalitaire. On s'était inventé un ennemi formidable et mythique, le judéo-christianisme, pour mieux souligner la singularité de notre temps. Mai 68, c'est l'acte d'émancipation de l'individu, qui sape la morale collective.

Mai 68, c'est une révolution antiautoritaire, antitraditionaliste, dans laquelle la sexualité agit comme un phare. Tout d'un coup, l'irruption de la volupté! Au XVIIIe siècle, on disait "je vous aime" pour dire "je vous désire". Cette fois, on dit "je te désire" au lieu de dire "je t'aime". 

Tout cela était enveloppé dans un discours intellectuel assez fumeux. On théorisait beaucoup la sexualité.

L'amour libre s'est alors constitué en véritable idéologie, et même en mystique. Le Graal du sexe allait apporter le bonheur...

il y avait de la naïveté et de la bêtise dans tout cela, mais aussi une certaine générosité évangélique. On allait fabriquer un nouvel Adam. Le sexe, c'était le jardin d'Eden! Chesterton a eu cette phrase géniale: "Le monde moderne est plein d'idées chrétiennes devenues folles." La révolution sexuelle en était une. 
Oublié le mariage, méprisé le sentiment! Deleuze et Guattari parlent même de "l'ignoble désir d'être aimé".
Ils ont dit beaucoup de bêtises! Le corps apparaissant comme la métaphore de la subversion, le sentiment est mis sous le boisseau. On se dit que, pendant des siècles, les hommes avaient masqué leur désir derrière le rideau des beaux sentiments.
 L'inhibition et la frustration sont montrées du doigt; l'amour, avec ses fantômes séculaires (possession, jalousie, secret), devient obscène. D'où le refus de la séduction, considérée comme une survivance du vieux monde: on est supposé aller vers son partenaire en toute franchise, sans recourir aux anciens et misérables stratagèmes. 
Et puis, on a osé... Certains, tels Roland Barthes (Fragments d'un discours amoureux), Michel Foucault (Histoire de la sexualité), Alain Finkielkraut et vous-même (Le Nouveau Désordre amoureux), ont commencé à dénoncer cette grande illusion.
Nous avons voulu faire comprendre que la notion de révolution sexuelle n'avait aucun sens. Que l'amour n'était pas réformable. "Non, l'amour n'est pas honteux!" avance Barthes. Tout à coup, nous revendiquions le sentiment comme plus révolutionnaire que le désir sexuel. 

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